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  • Politique sociale du logement pour les mal logés

Politique sociale du logement pour les mal-logés

L'asocial ou l'inadapté

Ces familles que l’on dit asociales 

1961

Dans les années d'après-guerre se développe une conception ségrégative du logement, d’une part un parc social ordinaire qui accueille en grande majorité les ouvriers ou les petites classes moyennes, et d’autre part un parc « thérapeutique » à normes réduites, dit de transition pour ceux que l’on appelle alors les « asociaux ou les inadaptés ». Des méthodes d’enquêtes sont mises au point pour évaluer la sociabilité des familles. On développe déjà des concepts de « rééducation sociale » et « d'apprentissage du logement ».


Une première expérimentation est menée à Troyes en 1953 par l'Office Municipal HLM pour reloger les occupants des taudis lors de la rénovation du quartier « le Bouchon de Champagne ». Elle associe logement sommaire et travail social. Ce modèle va se développer dans les années 60, avec l’arrivée massive de travailleurs immigrés.

Habitat insalubre à Rouen

1951

Personne âgée dans la misère

1954

Banllieue parisienne

1950

L'insurrection de la bonté

Faim et Soif N°1 - Abbé Pierre

1954



« Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir, gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier au moyen duquel avant-hier, on l’avait expulsée ». 


C’est ainsi que débutait, le 1er février 1954, l’appel lancé en direct à Radio-Luxembourg par Henri Groués, dit l’Abbé Pierre.


Cet appel va profondément bouleverser la France et provoquer un immense réseau d’entraide. Les dons de toute nature vont se multiplier.


La veille, à la suite d’une réunion publique, avait été créé à Levallois, le premier Comité de Secours d’Urgence aux Sans-Logis. 


C’est par centaines que vont se constituer des « comités d’aide aux sans-logis ». En quelques semaines, c’est plus de 500 millions de francs qui sont collectés. A Boulogne, Nanterre, Suresnes et Sevran sont édifiés des igloos, des bungalows, des abris.



Construction de la Cité de la Joie

1954

En novembre 1954, se tiennent à Puteaux les « Journées d’Alerte du Logement » organisées par l’Union Nationale d’Aide aux Sans-Logis et Mal-Logés. 


Les médias vont publier enquêtes, articles, reportages et études. Le logement est à la une de toute la presse et devient une grande cause nationale. 

Abbé Pierre et Emmaüs

1954

Répondre à l'Urgence

Cité d'urgence, emprunt CCF

1954

Sous la pression de l’Abbé Pierre et des comités d’aide aux sans-logis, le Parlement, réuni en session extraordinaire, vote à l’unanimité un budget de 10 milliards de francs en faveur du logement d’urgence. 


Le gouvernement lance un grand concours pour la réalisation de Logements Économiques de Première Nécessité (LEPN). Des cités d’urgence sont édifiées partout en France : plus de 12.000 logements dans 220 villes. 

Camp de Noisy-le-Grand

1956

Cité d'urgence

1959

Wagon Isofrigo

1950

Cités d'urgence à Orly

1954

Naissance de la Confédération Générale du Logement (CGL)


De « l’Aide aux Sans-logis », on passe sans changer de sigle à « l’Action avec les Sans-logis ». 


A la Bourse du Travail de Roubaix, en décembre 1956, l’UNASL se transforme en Confédération Générale du Logement (CGL) pour bien marquer que les revendications doivent concerner tous les aspects de la politique du logement et que l’action doit regrouper non seulement les sans-logis, mais aussi les locataires, les accédants à la propriété et les propriétaires occupant. 



Union Nationale de l’aide aux sans-logis

1955

Abbé Pierre, Bourse de Roubaix

1956



Le problème doit être posé en termes politiques. Dans la résolution adoptée est développée la notion de droit au logement:

 « Le Logement est un moyen de libération sociale et d’émancipation de l’individu comme de sa famille. Plus que le droit de propriété - et parce qu’il est nécessaire à la vie - le logement constitue un droit inviolable et sacré ».


Un an plus tard, c’est l’adoption de la « Charte pour le Droit au Logement » et de la référence au Syndicalisme du Logement, toujours en vigueur au sein de la CGL.



Journal d'action avec les sans logis et les mal logés

1957

De la cité d'urgence à la cité de transit

En 1962, on crée les Programmes Sociaux de Relogement (PSR) qui vont permettre le développement des cités de transit, notamment pour résorber les bidonvilles.
 
Ces logements sont destinés en théorie « aux seules familles présentant des difficultés d'insertion » et dont le séjour ne devait pas dépasser 2 ans. 

Les problèmes de logement concernent 2,5 millions d'immigrés et un million de familles insolvables et sans logement véritable. 

Nanterre, les Pâquerettes

1960

Il n'est pas encore question de ménages défavorisés, les pauvres sont alors classés parmi les « handicapés » et même les « infirmes sociaux ». La métaphore est médicale et une « thérapie sociale » est d'ailleurs nécessaire pour les remettre dans le droit chemin. Les familles sont également classées selon leur degré d'adaptation. 


Les cas les plus difficiles seront orientés vers des centres de Promotion Familiale. Le nombre de logements dans des cités de transit est de 10.000 alors que le 6ème Plan en prévoyait 45.000. Quant aux cités de « promotion lente », leur production reste marginale.

De la cité d'urgence à la cité de transit (suite)

Les sous-produits logements vont voir le jour tout au long du 20è siècle pour réduire le coût des logements et des loyers : le Balao de 1912, les « Petits Loyers » en 1951, les LPN (logements de première nécessité) en 1954 ; les logements refuges en 1956, les PSR (Programmes Sociaux de Relogement) en 1962, les PSR Transit, les PLR (programme à loyer réduit). 

La loi Debré

Les bidonvilles se multiplient à la périphérie des grandes villes. Si leur existence est reconnue du bout des lèvres. En 1964, le nombre de personnes vivant en bidonville, nettement sous-évalué, est estimé par les pouvoirs publics à + 75.000.


La loi du 14 décembre 1964, dite loi Debré, autorise les communes à exproprier les terrains sur lesquels elles se sont installées pour construire des logements. Un relogement durable ou provisoire doit leur être proposé. Cette loi sera complétée par la loi du 12 juillet 1966 qui permet à l’État et à ses établissements publics de procéder par procédure accélérée, à l’expropriation pour construire des logements sociaux et de l’habitat provisoire. L'État se dote de cinq sociétés d'Hlm, les « Logis », filiales de la Sonacotra pour le logement des immigrés. 


Elles auront pour mission première la construction de cités d'habitation sur le site même du bidonville.

La petite madone de la misère

1970

La boutique du coiffeur

1960

Bidonville de Saint-Denis

Bidon Bidonville

En 1966, trois régions, l'Ile-de-France, le Nord Pas-de-Calais et la Provence, accueillent alors 90 % des habitants des 255 bidonvilles recensés soit plus de 75 000 personnes. Huit communes hébergent à elles seules les deux tiers de cette population. Les bidonvilles les plus monstrueux sont Champigny-sur-Marne, avec 15 000 personnes, et Nanterre qui en compte 10.000. Majoritairement de nationalité étrangère, 42% de Maghrébins, 21% de Portugais, 6% d’Espagnols, un habitant sur cinq est français. Le bidonville de Noisy-le-Grand est lui composé à 80% de français.

Bidonvilles, histoire et représentation

1960

Le bidonville de Champigny

1959

Bidon Bidonville (suite)

En 1970, si le nombre s’est réduit 45.000 personnes habitent toujours dans des bidonvilles. Cependant les conditions de vie s’aggravent et la proportion des familles avec enfants augmente + 20 % entre 1966 et 1970. Ils sont très difficiles à traiter car de plus en plus peuplés. Mais en 5 ans ils auront quasiment disparu. Le dernier grand bidonville à Nice, la Digue des Français, est rasé en 1976.

Le bidonville de Nanterre

1960

♪♫ 

Regarde là, ma ville.
Elle s'appelle Bidon,
Bidon, Bidon, Bidonville.
Vivre là-dedans, c'est coton.
Les filles qui ont la peau douce
La vendent pour manger.
Dans les chambres, l'herbe pousse.
Pour y dormir, faut se pousser.
Les gosses jouent, mais le ballon,
C'est une boîte de sardines, Bidon.

 

Bidonville, Paroles de Claude Nougaro. Musique de B. Powell 1965.

♪♫ 

Catégories spécifiques

Pour les isolés ou les familles en difficultés, le modèle d'action est « la catégorie spécifique », et pour chaque catégorie de ménage, les jeunes, les étudiants, les personnes âgées, les travailleurs migrants, les handicapés physiques appelés "handicapés sociaux", une solution logement doit être proposée et prendre en compte le mode de vie, la composition familiale, l'origine ethnique des individus.

La Tour des Célibataires

1985

La résidence Jean Zay à Antony

1985

Catégories spécifiques (suite)

Se développent alors le foyer, le centre d'hébergement et la cité de transit, formules de logements temporaires probatoires à une intégration réussie dans la société française qui doivent mener au « logement normal ».


Entre 1970 et 1973, le nombre de lits passe de 60.000 à 126.000. Les cas les plus difficiles seront orientés vers des centres de Promotion Familiale. Mais les résultats ne seront pas au rendez-vous. Le nombre de logements dans des cités de transit est de 10.000 alors que le 6ème Plan en prévoyait 45.000. Quant aux cités de « promotion lente », leur production reste marginale.

Foyer de travailleurs migrants

1970

Foyer de travailleurs

1970

Foyer des Célibataires

1965

Suite de l'exposition "La refondation du secteur Hlm"

Crédits

Conception L'Union sociale pour l'habitat - DCOM - Centre de ressources & Patrick Kamoun

Textes : Patrick Kamoun

Numérisation des documents : Azentis