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  • Rapports bailleurs-locataires

Rapports bailleurs-locataires

L’exiguïté, l’insalubrité et la cherté de l’habitat locatif privé, mais aussi l’arbitraire de certains propriétaires qui peuvent donner congé à tout moment, contraignent les familles de la classe ouvrière à une mobilité permanente. Le locataire ne dispose d’aucune réelle protection. Le bail est souvent un simple accord verbal. Mais lorsqu’il est signé, c’est la loi des parties qui s’applique et à défaut seulement le code civil. La plupart des baux d’habitation sont régis par des coutumes locales. Le loyer est payé par terme, c’est-à-dire six mois d’avance à mi-avril et mi-octobre. En pratique, le “petit terme” en janvier et juillet permet d’acquitter son loyer par trimestre. Tout retard de loyer entraîne rapidement l’expulsion de la famille et la saisie de ses maigres biens. Le locataire est bien souvent méprisé : il est considéré comme un être socialement inférieur. Avant 1848, seuls les propriétaires ont le droit de vote alors que les locataires représentent plus des deux tiers des familles françaises. Pour l’ouvrier, il est difficile d’établir un budget. Les salaires ouvriers sont très faibles, même dérisoires pour les moins qualifiés. De même les jours chômés, par manque de commandes, ne sont pas payés.

Rapports bailleurs-locataires

Locataires et Proprios

1899
  • Le Terme

  • Déménagement

  • Déménagement dans la rue

  • Départ définitif

M. Vautour et M. Pipelet

M. Vautour

04/10/1902

Le logement ouvrier au XIXè siècle est marqué par deux images emblématiques : le propriétaire et le portier ou concierge. Pour les “Locatos”, ce sont des tyrans, des ennemis de classe. Monsieur Vautour, personnage créé par Désaugiers, chansonnier et vaudevilliste, apparaît en 1805 dans l’une de ses pièces “Monsieur Vautour ou le propriétaire sous le scellé”. L’œuvre de Désaugiers est vite oubliée, mais Monsieur Vautour reste encore le symbole du propriétaire.

 

Le “cruel Monsieur Pipelet”, créé par Eugène Sue dans “Les Mystères de Paris” en 1842, âme damnée du “proprio”, est chargé de recueillir le terme. Il va faire, lui aussi, l’objet de la vindicte populaire. Monsieur Pipelet perçoit le “Denier de Dieu” lorsqu’il reçoit un nouveau locataire. Il prélève aussi la bûche lorsque le bois est livré. Il est le maître du cordon, qui passé minuit, ouvre la porte de l’immeuble. 

Le Concierge

1905

M. Vautour et M. Pipelet - Caricatures

  • Ma Concierge

  • Ceux qu'on devrait guillotiner

  • Découvre-toi donc, sale Pipelet !

  • Ô les pipelets, si on pouvait les faire sauter tous !

  • Les bavards

Le Vert de Gris

L’huissier

1899

Un autre personnage est également redouté par les locataires : l’huissier, dit le "requin" ou le "vert de gris". La saisie du mobilier pour les familles ouvrières est un enjeu de poids. Car nombre d’entre-eux travaillent à domicile, et la saisie concerne les instruments du travail. L’huissier fera, lui aussi, l’objet de nombreuses caricatures et de chansons.

  • Triboulet devant l’huissier

  • Laissez mes parents tranquilles

  • La saisie

  • On nous expulse !

La cloche de bois

Au cours des années 1890, les déménagements à la cloche de bois, à la ficelle ou, comme on dit dans le Nord, le “départ à la Saint-Pierre”, vont se multiplier et faire l’objet d’une véritable organisation. Le déménagement à la cloche de bois – celle qui ne tinte pas – est un déménagement clandestin. Cette fameuse cloche a bel et bien existé dans l’ancienne flèche de Notre-Dame de Paris. Elle voisinait avec cinq cloches de métal. Elle tintait seulement du Jeudi-Saint à Pâques, quand toutes ses consœurs étaient “parties à Rome”. On déménage également à “la ficelle”, c’est-à-dire par la fenêtre à l’aide de cordes.

Les compagnons de la cloche de bois

Le mécontentement s’exprime dans les années 1880 au sein d’associations anarchisantes telles que La Ligue de la Grève des Loyers, La Ligue des Antipropriétaires et les Compagnons de la cloche de bois . Le “Proprio”, Monsieur “Vautour”, et son âme damnée Monsieur «Pipelet» feront l’objet de nombreuses caricatures, parfois féroces, et de chansons. 

Crédits

Conception : L'Union sociale pour l'habitat -  DCOM - Centre de ressources & Patrick Kamoun

Textes : Patrick Kamoun

Numérisation des documents : Azentis