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  • Contexte économique et social

Contexte économique et social

 

Le XIXè siècle est marqué par la révolution industrielle qui a influé sur le paysage urbain et sur les conditions de logement des ouvriers. La population urbaine s'accroît considérablement, la crise du logement s'installe et les épidémies sévissent. Un certain nombre de voix s'élèvent alors provenant de penseurs, philanthropes, hommes politiques, et médecins qui mettent en lumière les conditions désastreuses de logement des classes populaires.


Deux courants se mettent également en place. L'utopisme social qui, au travers d'industriels emblématiques, veulent concevoir une cité idéale notamment pour les ouvriers et donneront naissance à plusieurs cités ouvrières. Et un autre courant de penseurs qui voient dans le regroupement des ouvriers un danger moral et promeuvent, à l'inverse, l'accession à la propriété pour les classes populaires.

 

La révolution industrielle

En France, l’industrialisation connaît un réel essor à partir de 1850, basée notamment sur le charbon, la machine à vapeur et le développement des chemins de fer. Les grandes industries sont localisées dans le Nord, l’Est de la France et dans la région lyonnaise ; la sidérurgie, au Creusot et à Saint-Etienne ; le textile dans les grandes villes industrielles de Lyon, Rouen et dans l’agglomération de Lille.

Usines de Decazeville

1899

Réfectoire du PLM

1890

Les Gueules Noires

1907

La crise du logement

Le développement de l'industrie s'accompagne d'une croissance urbaine importante. La population des villes passe de 12 millions en 1875 à 18 millions au début de la Première Guerre mondiale, alors que la population totale reste à peu près stable (+5%). La crise du logement s'installe alors durablement.

Le Jour du Terme

1899

Immeuble et mixité

1899

Les expulsés de la Villette

1880

Hygiène & famille

À une époque qui connaît une vague d'épidémies et une forte mortalité infantile, les conditions de logement vont être pointés du doigt par les médecins. Ils seront entendus par le gouvernement qui créera la 1ère loi contre le logement insalubre.

Hygiène & santé

Au XIXè siècle, avec la diffusion des épidémies, ce sont des médecins qui vont faire le lien entre les mauvaises conditions de logement (exiguïté des lieux, surpeuplement, humidité, manque de lumière et d'aération...), le manque d'hygiène et la mortalité. Ils sillonnent les villes et les quartiers populaires et consignent leurs observations et conclusions dans des rapports souvent volumineux. 

Ces topographies médicales seront à l’origine d’un puissant courant hygiéniste, pionnier du logement ouvrier.

Le Choléra à Paris

L'épidémie de choléra de 1832 fera plus de 
18 000 morts à Paris.

Docteur Piorry

Rédige en 1838 "Des habitations et de l'influence de leurs dispositions sur l'homme en santé et en maladie"

René-Louis Villermé

Auteur du rapport "Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie" publié en 1840.

Loi de Melun sur l'insalubrité - 1850

Armand de Melun

1850

C’est par la lutte contre l’insalubrité que les hygiénistes vont solliciter et obtenir l’intervention publique en déposant une proposition de loi qui sera adoptée en 1850.


A la tête du mouvement catholique social français, le vicomte Armand de Melun (1807-1877), est élu député d’Ille-et-Vilaine en 1843. 

En 1847, Armand de Melun fonde la Société d’Économie Charitable, véritable groupe de pression et de propagande. En 1850 et 1851, Armand de Melun, surnommé « le Saint Vincent de l’Assemblée », fait voter un premier grand train de lois sociales : logements insalubres, caisse de retraite, délit d'usure, assistance judiciaire, assistance hospitalière, ou contrats d'apprentissage.

La loi du 13 avril 1850 est la première loi française à traiter de l’insalubrité des logements. C’est une loi courageuse qui s’attaque à la propriété privée. Elle n’a hélas qu’un caractère incitatif. C’est la possibilité, lorsque le conseil municipal le déclare nécessaire, de créer une commission "chargée de rechercher et d'indiquer les mesures indispensables d’assainissement des logements et dépendances insalubres mis en location ou occupés par d’autres que le propriétaire, l’usufruitier et l’usager".

Discours sur la misère

C'est Victor Hugo qui prend le premier la parole à la chambre des députés le 9 juillet 1849 pour défendre le programme d’Armand de Melun dans son fameux "discours sur la misère". A la grande surprise de tous, il commence par dénoncer les réticences occultes de son propre parti envers cette politique sociale. Ce discours marque une rupture définitive avec les conservateurs.

Victor Hugo

1899

Misère

1899

Les Gueux

18/10/1902

Fléaux à abattre

Le premier congrès international d’hygiène, de sauvetage et d’économie sociale se tient à Bruxelles en 1876,  le second à Paris en 1878. On y traite du logement des « classes nécessiteuses » et d’un nouveau péril permanent, celui qu’on appelle déjà « la grande tueuse » : la tuberculose. C’est la maladie du manque d’air et de lumière.

La France perd ses enfants


La baisse de la natalité conjuguée à la hausse de la mortalité infantile, notamment sous l'effet de plusieurs vagues d'épidémies, désespère la France après la guerre de 1870. On leur impute en bonne part la défaite, alors que l'Allemagne a toujours une natalité très forte. Protéger l’enfant devient rapidement un devoir national, une nouvelle croisade.

La vie ou la mort de la France

1923

Changez nos couches !

05/04/1918

Nous voulons vivre

1920

Utopisme, peur du socialisme et morale

Les conditions de logement et la morale des ouvriers sont au coeur des préoccupations des penseurs et hygiénistes du XIXè siècle qui entendent améliorer les unes comme l'autre. Deux courants de pensées s'opposent cependant. D'une part certains utopistes, industriels, hommes d'état, prennent position pour un regroupement des ouvriers au sein de cités conçues sur des modèles philanthropiques avec un accès à un logement confortable et plusieurs équipements collectifs et, d'autre part d'autres penseurs, hommes d'état..., prennent position contre ces regroupements, danger pour l'ordre moral, et  se prononcent en faveur de l'accession à la propriété qui ramène l'ouvrier dans le cadre vertueux de la famille.

Utopie sociétaire

Charles Fourier (1772-1837) prône le concept de l’association du capital et du travail. Sa doctrine : vivre en commun sous l’égide des lois de la complémentarité. Toute personne a droit au travail, au logement et au plaisir.

A l’opposé des conceptions de son temps, en matière de logement, Fourier invente un modèle de phalanstère, communauté de vie et de travail, qu’il décrit dans deux ouvrages : «Traité de l’association domestique et agricole» (1822), puis dans «Le nouveau monde industriel et sociétaire» (1829). Le modèle est résolument communautaire. Il rejette le principe de la maison individuelle, pour celui de la maison commune. La cité expérimentale qu’il décrit avec précision va servir de modèle à ses disciples. 

Charles Fourier

1830

Statue de Charles Fourier.

1899

Le Juif Errant

1844

Dessin du Phalanstère par Fourier

1829

La peur du socialisme

Les révoltes des ouvriers canuts à Lyon en 1831 et 1834 ainsi que les journées révolutionnaires de juin 1848 contre la fermeture des ateliers nationaux seront à la base du mouvement ouvrier en France.  

Les classes possédantes redoutent le désordre et la révolution. Selon les termes de Napoléon III, il s’agit de "désarmer pacifiquement l’émeute". Et pour le faire, il faut fournir à l'ouvrier un logement sain et confortable et si possible le rendre propriétaire. Jules Siegfried, le père des habitations à bon marché, s’exprime d’ailleurs ainsi à l’ouverture du Congrès international des habitations ouvrières en 1889 : “Voulons-nous faire à la fois des gens heureux et de vrais conservateurs ? voulons-nous combattre en même temps la misère et les erreurs socialistes ? voulons-nous augmenter les garanties d’ordre, de moralité, de modération politique et sociale ? Créons des cités ouvrières !". Et il ajoute : "Celui qui possède ne veut pas abattre l’ordre existant." 

L'Internationale

1888

Napoléon III

1850

Contre la propriété collective

1912

Ouvriers et morale

Prévoyance et Caisse d'Epargne

1910

Le Buveur

1899

Famille au travail

1899

Pour “reconquérir” la classe ouvrière, il faut inculquer à l’ouvrier les valeurs de la bourgeoisie et si possible le rendre propriétaire.  Pour cela, il s’agit d’abord de le rendre économe et prévoyant et de le moraliser.

Une fois propriétaire, il se plaît à embellir son chez-soi ; il prend plaisir à le rendre commode ; il s’habitue à passer ses heures libres au milieu de sa famille et il ne perd plus sa santé, son temps et son argent au cabaret.

Pour lutter contre la promiscuité "mère de tous les vices" et le risque d’inceste, les premiers logements sociaux seront en grande majorité des 4 pièces. Une pièce pour les parents, une pour les filles, une pour les garçons et une pièce commune cuisine-salle à manger, avec bien entendu les WC intérieurs.

Un nid pour la famille

Jules Simon

1899

Frédéric Le Play

1899

Parmi les penseurs , deux hommes se mobilisent sur les conditions de logement et la moralisation des classes populaires.

Frédéric Le Play (1806-1882), grand théoricien de la science sociale, est un fervent défenseur de la propriété pour les ouvriers. Pour lui, la cellule familiale est la cellule sociale par excellence. Il défend l’idée que chaque famille doit posséder un toit, gage de paix publique, formateur du goût de l’épargne et véritable stimulant au travail.

De son côté, Jules Simon (1814-1896), philosophe et homme d’État français, va jouer un rôle considérable dans l’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière. Il écrit, parlant de la famille, dans «  L’ouvrière » en 1861 : "Donnons-lui d'abord un nid où elle puisse vivre. Dans l'état actuel, nous n'avons à opposer aux cabarets que des greniers ouverts à tous les vents, sans feu, sans lit, sans propreté ; logements homicides, où la santé est presque un miracle. Était-il donc si difficile de faire des maisons pour les ouvriers ? " 

Il sera en 1889 président d’honneur de la Société Française des Habitations à Bon Marché.

Le catholicisme social :
La bombe "Rerum Novarum" - 1891

Léon XIII

1899

Pour lutter contre l'immoralité de la classe ouvrière à la fois au domicile mais aussi à l'usine, où le mélange des sexes est nuisible aux bonnes moeurs, les patrons catholiques sociaux du nord de la France, sous l'influence de leur voisin, Léon Harmel, vont tenter eux aussi de réorganiser l'usine pour qu'elle soit chrétienne.


De son côté, la hiérarchie catholique romaine qui avait émis plus que de sérieuses réserves sur l'action des catholiques progressistes français, change alors radicalement de ton. L'encyclique « Rerum Novarum » du pape Léon XIII, en 1891, fait l'effet d'une bombe. Le Vatican propose un texte à la fois antilibéral et anti-socialiste où sont mis en exergue la notion de juste salaire et le souci des réformes nécessaires. Les chrétiens doivent s'engager dans l'action.

Le catholicisme social : La bombe "Rerum Novarum"



Les catholiques sociaux s'opposent aux expériences sociétaires et à leurs théories de logements communautaires. De trop fortes concentrations d'ouvriers ne peuvent que mener aux déchéances sociales, au socialisme et aux anarchies sexuelles. L’Encyclique a laissé des traces dans le domaine du logement social. 


Plusieurs sociétés d'HBM se constitueront dans la mouvance de l‘Encyclique : le Progrès, la société anonyme d’HBM de Saint-Vincent-de-Paul, l'Habitation Familiale à Paris, ou la Société de logements populaires à Carcassonne et bien d'autres encore.

Notre Dame de l'Usine

05/07/1902

Suite de l'exposition "Le logement des ouvriers"

Crédits

Conception : L'Union sociale pour l'habitat -  DCOM - Centre de ressources & Patrick Kamoun

Textes : Patrick Kamoun

Numérisation des documents : Azentis